Articles liés au mot-clé ‘sciences cognitives’

15
Déc 11

vers une science de la vie mentale

Vers une science de la vie mentale Si vous n’avez jamais assisté à un cours du Collège de France ni à plus forte raison à une leçon inaugurale, il faut savoir qu’il s’agit d’une tradition qui remonte au seizième siècle (1530). Fidèle à sa devise « Docet omnia » (il enseigne toutes choses), ce vénérable institut du savoir a une particularité, c’est qu’on y enseigne le savoir « en train de se faire », c’est-à-dire la recherche scientifique en elle-même.

A l’occasion de la création de la chaire de psychologie cognitive expérimentale, le professeur Stanislas Dehaene fait son premier cours : sa leçon inaugurale. C’était le 27 avril 2006. Publié chez Fayard au prix de 10€, c’est un ouvrage que je conseille à tous ceux qui veulent avoir un aperçu de l’état des recherches dans cette discipline. Je suis depuis de nombreuses années les travaux de cette chaire mais je n’avais jamais regardé les ouvrages écrits par le professeur Dehaene. C’est chose faite.

dessin des cortex du cerveau

dessin des cortex du cerveau

« Guillaume, c’est pas un blog sur les Sciences de l’Information et de la Communication ? » Ne rigolez pas, on m’a posé la question avant que je publie. Du coup je réponds. Comment peut-on se dire étudiant ou chercheur en SIC, sans s’intéresser au point nodal qui filtre, trie, évalue toutes les informations qui circulent dans nos sociétés : le cerveau ?

Je retiendrai de cette leçon inaugurale que « notre système nerveux apprend à comprendre son environnement, c’est-à-dire à le prendre en lui, à l’internaliser sous forme de représentations mentales qui reproduisent, par isomorphisme psychophysique, certaines de ses lois. Nous portons en nous, un univers d’objets mentaux dont les lois imitent celles de la physique et de la géométrie. » p.28

A propos de la chronométrie mentale de la décision, on peut lire des positions surprenantes. Par exemple, pour l’auteur, il ne fait aucun doute que l’invention d’algorithmes symboliques a décuplé les compétences mathématiques humaines, et pourtant, il affirme que leur fondement reste profondément enraciné dans la cognition animale. Cela s’explique en fait par les expérimentations au début des années 2000 de l’activation d’une région dite de « calcul » dans le lobe pariétal, étudiée notamment chez le singe macaque, d’où l’homologie entre les primates humains et non-humains. (p.44)

Vers une science de la vie mentaleUn point qui m’intéresse particulièrement dans la construction de ses autorités cognitives « même si chaque information est infime, il suffit donc d’additionner leurs poids et d’attendre que le total atteigne un seuil donné de certitude. » (p. 52) Ce que les mathématiciens appellent une « marche aléatoire » (échantillon de vote sur la représentation du nombre, tirée d’une loi gaussienne sur un continuum logarithmique) pourrait bien être la clef, le modèle de prise de décision et donc de façon induite, de l’évaluation de l’information.

Pour faire simple, le système de décision doit « dans un environnement neuronal bruité, repéré et extraire le signal pertinent »… sélectionner l’information.

Vous comprenez mieux pourquoi, cher lecteur en SIC, je t’invite à lire cette leçon inaugurale. Cette marche aléatoire est même capable de prédire la latence de réponse et même la survenue des erreurs… prédictibilité quand tu nous tiens.

 

30
Juin 11

photo trouvée sur Flickr

Ples neurosciences cognitivesour tout ceux qui s’intéresse aux neurosciences cognitives , sciences cognitives ou assimilées, je vous conseille l’excellent ouvrage de Nicole Fiori sur le sujet. Le livre vise un public plus large que les étudiants. L’ouvrage est annoncé pour les licences, masters et plus, je dirai plutôt niveau master, mais il n’est pas trop tôt pour s’y mettre et il est très accessible.

Vous y trouverez tout ce qu’il y a à savoir sur le fonctionnement du cerveau liés aux processus cognitifs (perception, mémoire, langage, attention). Par contre, il faut quand même s’accrocher si vous êtes néophyte en la matière. Il n’est pas forcément aisé pour tout le monde de comprendre le rôle du cortex inféro-temporal dans les mécanismes cognitifs complexes de la vision telle que les capacités d’invariance des neurones et leurs capacités à associer des formes arbitraires.

Je conseille donc « Les neurosciences cognitives « , c’est un bouquin de référence pour un chercheur en SIC puisqu’il permet de faire le lien entre facultés cognitives et processus neuronaux.

30
Mai 11

dessin des cortex du cerveau

Théorie hiérarchique de la perception

On commence par le cerveau. En 1972 d’abord, l’équipe de Gross, Rocha-Miranda & Bender, puis en 1984 avec Desimone, Albright Gross & Bruce, des travaux (*) permettent d’identifier, dans le cortex inféro-temporal, des neurones répondant sélectivement à des formes complexes (comme la vision d’une main ou d’un visage). La réponse des neurones activés par la vision d’une main diminue dès que la forme du stimulus s’en éloigne (gant, moufle, trident).

L’hypothèse du neurone de la grand-mère

L’hypothèse est donc rapidement émise que si un nombre très limité de neurones s’activent de façon sélective face a des stimuli complexes, c’est que ces cellules possèdent une information comme la reconnaissance du visage de sa grand-mère, que les autres n’ont pas. D’où l’hypothèse dite de « la cellule grand-mère », selon laquelle chaque cellule est une unité gnostique qui fonctionnerait par codage d’une information spécifique.

les neurosciences cognitivesVous vous posez certainement la question du nombre d’unités gnostiques qu’il vous faudrait pour reconnaître tous les objets de votre monde… je n’en ai aucune idée mais ça paraît énorme. D’autant que si vous voyez une chaise de face ou de côté, cela correspond à deux codages différents pour le même objet. Problème supplémentaire, nous perdons des neurones toutes notre vie, que se passerait-il si notre neurone de reconnaissance de chaise mourait ? Nous ne pourrions plus identifier une chaise ? Ca complique tout de suite votre visite au bureau, dans un café, au cinéma, etc.… Imaginez au cirque, vous verriez un clown tomber, tout le monde rigoler mais vous ne comprendriez pas pourquoi puisque vous n’auriez pas reconnu que son comparse avait enlevé la chaise avant qu’il ne s’assoit. Verriez-vous léviter quelqu’un en train de changer une ampoule debout sur une chaise ?

Notre cerveau est en RAID 5

Une nouvelle hypothèse, dite de codage distribué, est dès lors plébiscitée. Elle établit qu’un neurone peut entrer en activité pour des situations très différentes et que le codage d’un objet nécessiterait l’activité d’une grande quantité de neurones. Aucun neurone n’est donc spécifique au codage de l’objet chaise, ouf. Tout comme un ordinateur possédant suffisamment de disques durs pour stocker une information avec un système type RAID 5, notre cerveau « distribue » les informations nécessaires au codage d’un objet, dans suffisamment de neurones pour que la mort neuronale d’une partie de ces cellules n’empêche pas le bon fonctionnement de l’ensemble. Cette hypothèse permet également d’expliquer notre capacité à appréhender de nouveaux objets, visages, situations. En effet, dans ce cas, un nouveau groupe de neurones se crée à partir du schéma d’un groupe similaire (ou le plus identique).

Pourquoi une idée nous fait penser à une autre idée ?

Jusqu’ici, rien à voir avec la sérendipité, on y arrive. En fonctionnant de cette manière, le cerveau génère également des confusions, de fausses reconnaissances d’objets. Quand on surfe sur le web, il est presque impossible de tomber sur une page sans lien hypertexte. La sérendipité, ou effet « serendip », que l’on traduit (ou simplifie) généralement par « trouver par hasard » aurait-elle une de ses sources dans le fonctionnement de notre cerveau ?

La confusion entre un objet connu (le visage de votre grand-mère) et un nouvel objet (visage d’une femme âgée par exemple), proviendrait de l’activation, dans une grande proportion, des neurones impliqués dans la reconnaissance du visage connu. Ainsi, quand vous surfez sur une page, il y a une probabilité haute que s’activent dans votre cerveau des neurones correspondant à la thématique de cette page, mais pas seulement. Chaque cerveau étant unique et chaque page web présentant plusieurs thèmes, cela permet de penser que nos cerveau « n’allument » pas les mêmes groupes de cellules d’un individu à un autre. Chaque cerveau se met donc en situation, pour une situation donnée, à un instant donné, de favoriser ou d’inhiber un « hasard », somme toute très relatif, pour l’intérêt d’un sujet qu’il n’a pas choisit consciemment.

Notre capacité à passer du coq à l’âne, d’une idée à une autre, qui nous paraît parfois saugrenue, n’est due, selon moi, qu’a l’architectonie de notre cerveau. Nous ne maîtrisons, ni ne comprenons (puisque cette façon de voir les choses génère un débat au sein des neurosciences cognitives) la façon dont fonctionne notre cerveau et notamment la façon dont il stocke, gère, et recherche l’information. N’oublions pas que le cerveau n’est qu’une machine à traiter de l’information.

Encore de belles recherches en perspective.

(*) travaux réalisés sur des macaques.

 

08
Nov 10

À l’heure où tout le monde peut rechercher n’importe quoi sur le web, j’ai choisi de chercher à comprendre les mécanismes que chacun met en place pour arriver à une pertinence sociocognitive suffisamment satisfaisante pour « classer » un document en terme de confiance et d’utilisabilité : « utile, mais pas crédible », « pertinent, mais inutile », « populaire, mais pas fiable », etc.

Vous pouvez naviguer dans la carte heuristique sur l’autorité cognitive sur le web ou télécharger ce pdf  « Arriver à une pertinence sociocognitive satisfaisante (1.6 Mo) ».

Mes principales références sont les textes suivants :

  • Évaluation de l’information sur Internet : le défi de la formation (Alexandre Serres)
  • Construction de l’autorité informationnelle sur le web (Évelyne Broudoux)
  • Chercher faux et trouver juste, Serendipité et recherche d’information (Olivier Ertzscheid, Gabriel Gallezot)
  • Autorité et pertinence vs popularité et influence : réseaux sociaux sur Internet et mutations institutionnelles (Olivier Le Deuff)
  • Crédibilité[s] (Martin Lessard)
  • La pertinence en sciences de l’information : des modèles, une théorie ? (Brigitte Simonnot)

Je vous invite bien sur à réagir, aussi bien à mon postulat de départ qu’à mon cheminement d’idées (que vous trouverez dans la carte).

Les deux documents ont été réalisés avec la version d’essai de MindManager 9 (excellent outil).

15
Oct 10

Il y a un an, après un échange avec Martin Lessard à propos des moteurs de confiance, j’ai réalisé qu’il me manquait un socle théorique pour aller plus loin dans mes argumentations en science de l’information et j’ai donc décidé de concrétiser une envie de longue date, à savoir, entreprendre un master en information et communication.

Je suis donc, depuis peu, étudiant à l’Institut des Technosciences de l’Information de Béziers et j’étudie les théories et méthodes de la communication et de la documentation, les approches fonctionnelles et conceptuelles des sciences de l’information, les techniques de multimédiatisation (plan de communication, produits de com’) et les outils de gestion et d’accès à la connaissance (représentation de la connaissance, mapping, intelligence économique).

Ça va donc être une année riche en enseignements et du coup, mes lectures en ethnologie, psychologie, anthropologie et sociologie vont enfin trouver un champ d’applications pratiques.

Qui suis-je ?

guillaume-nicolas meyer

Bienvenue sur mon blog. Je m'appelle Guillaume-Nicolas Meyer, j'ai 40 ans, je suis marié, papa de quatre enfants, et je suis un Knowledge Manager polymathe et curieux. Chercheur en sciences humaines et sociales, doctorant en sciences de gestion, je m'intéresse également aux sciences cognitives et à l'environnement. Après la région parisienne, la Bretagne et l'Alsace, je suis actuellement basé en Poitou-Charentes, France.

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