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21
Sep 15

Glass-Steagall act

Bush, l’extrême droite et Aristote

Il est de bon ton, après une crise, de chercher à analyser les pourquoi et les comment, les tenants et les aboutissants, les conséquences, et surtout, les responsables. La crise des subprimes ne fait pas exception, loin sans faut, et nombre de livres, articles de revues,  numéro spécial de magazines spécialisés et articles scientifiques se sont pencher sur les mécanismes de cette crise si complexe. Au niveau du grand public, on a notamment lu que le secteur immobilier américain s’était effondré, que la hausse des taux d’intérêts avait entraîné l’impossibilité aux plus pauvres de rembourser leur emprunt, que la titrisation avait ventilé le risque des subprimes à l’ensemble du marché, etc.

Tout cela, nous le verrons dans les articles à venir, est vrai, mais très peu de livres ou de travaux scientifiques remontent aux origines politiques et sociales de la crise. C’est ce que nous nous proposons de faire dans cette courte introduction, afin de ne pas réduire cette crise à des formules mathématiques utilisées à mauvais escient et à des traders accrocs aux bonus. La crise des subprimes explique toujours, en 2015, une bonne partie de la géopolitique mondiale ainsi que la situation économique de nombreux pays, y compris le notre.

Du néolibéralisme à la suppression du Glass-Steagall Act

Une étude en sciences politiques nous ferait sans aucun doute dater les origines de la crise des subprimes à la politique néolibérale du président Ronald Reagan entre 1981 et 1989. Sous l’influence de Milton Friedman qui dirige l’école de Chicago, Reagan dérégule. Politique, qui, si l’on en croit Foucault (2004) souffre d’une sérieuse défaillance : « Le problème du néolibéralisme, c’est […] de savoir comment on peut régler l’exercice global du pouvoir politique sur les principes d’une économie de marché. » Ajoutons à cela l’analyse de Barber (2007) qui fait état d’une régression culturelle de la société américaine ou « l’achat passe pour une preuve de liberté plus convaincante que le vote et où ce que chacun fait seul au centre commercial pèse bien plus lourd sur l’avenir commun que ce que nous faisons ensemble dans la vie publique. »

On s’explique mieux pourquoi Bill Clinton, alors président, annonce en 1998 que « La propriété résidentielle a toujours été le fondement du rêve américain. […] Le partenariat entre le gouvernement […] et le secteur privé […] est parvenu à rapprocher ce rêve de la réalité pour tous nos citoyens. » Dans cette logique, Bill Clinton, abroge le Glass-Steagall Act [1] le 12 novembre 1999.

L’idéologie du tous propriétaires

George W. Bush et son administration iront encore plus loin en diffusant et propageant de façon idéologique et dogmatique l’idée d’une société de propriétaires via, en 2003, le plan d’aide au logement « The American Dream Downpayment Initiative ». Cette idéologie emprunte à Aristote que la paix sociale repose sur le fait d’être propriétaire. Le philosophe grec aurait, dans son analyse de la démocratie, observé que « c’est ce qui appartient en commun au plus grand nombre qui se voit accorder le moins de soin : les hommes pensent à leur propres biens avant tout. »

Le pauvre élève de Platon ne pensait sans doute pas qu’il serait ainsi cité par une fondation de recherche d’extrême droite (le Cato Institute  [2]), imprimant son idéologie au plus haut sommet du pouvoir, avec cet article par exemple « Les droits de propriété inspirent aux hommes le sens des responsabilités, les conduisent à traiter autrui dans la dignité et le respect… »

Les discours du président Bush prennent dès lors, une tonalité encore plus précise :

  • « Une famille qui est propriétaire de sa maison est ainsi davantage susceptible de moderniser sa maison et prendre soin de ses alentours [3] »
  • « … posséder sa maison […] permet aux familles de s’enrichir [et constitue à ce titre] le symbole de l’ascension sociale pour les classes moyennes et inférieures [4]. »

Dès lors, guidée par cette idéologie sécuritaire et ségrégationniste, l’administration Bush va œuvrer à la dérégulation du système financier pour permettre aux acteurs bancaires d’attribuer un maximum de crédits immobilier, en ciblant les populations les plus fragiles. Ce qui permet à Lequesne-Roth (2009) de conclure : « De fait, confiant le citoyen consommateur aux bons soins du marché, l’État s’est perverti. »

Et Bill Clinton, quelque onze ans plus tard, d’admettre que « J’ai fait quelques erreurs, bien qu’elles ne soient celles pour lesquelles on m’a le plus largement critiqué, [… comme] avoir signé la loi abrogeant la loi Glass-Steagall Act, la loi des années 1930 imposant [la scission des banques] dans des institutions distinctes. [5]»

Aujourd’hui, voilà ce qu’on a :

les gens réclament le retour du Glass-Steagal Act

les gens réclament le retour du Glass-Steagal Act

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Bibliographie et Notes

[1] Le « Glass-Steagall Act », aussi connu sous le nom de « Banking Act », a été créé en 1933 par Roosevelt afin de séparer les banques commerciales des banques d’investissement. Il permettait, en réaction à la crise de 1929, de dissocier l’économie réelle du monde financier.
[2] http://www.cato.org
[3] A Home of your Own, notice explicative réalisée par la Maison Blanche consultable sur http://www.whitehouse.gov/infocus/homeownership/homeownership-policy-book-whole.pdf, traduction libre.
[4] Discours de George W. Bush, prononcé lors de la conférence « Les Minorités et la propriété » à l’Université George Washington, à Washington, octobre 2002, disponible sur http://www.whitehouse.gov/news/releases/2002/10/20021015-7.html.
[5] Bill Clinton, Back to Work, 2011

Barber Benjamin, 2007, Comment le capitalisme nous infantilise, traduit de l’anglais par L. Chelma et P. Chelma, Paris, Fayard, p. 55.

Foucault Michel, 2004, Naissance de la biopolitique : cours au Collège de France 1978-1979, Paris, Gallimard/Le Seuil, coll. « Hautes Études », 2004, pp. 136-137.

Lequesne-Roth Caroline, 2009, « Retour sur la crise des ‘subprimes’ – autopsie d’une déraison d’état », Revue internationale de droit économique, t. XXIII, 2, p. 219-242.

05
Juil 14

croissance verte

Comme le souligne Alain Grandjean, tant que l’on continuera à évaluer les stratégies de développement durable à l’aune d’indicateurs financiers inadéquats, tel que le taux de rendement interne (TRI) par exemple, les entreprises ne pourront pas se persuader d’agir (Grandjean, 2008). En effet, lorsque l’on compare le coût de l’investissement à ses recettes futures, en les actualisant, 1 euro dans 20 ans vaudra 0.4 euro (avec un taux d’actualisation de 5%).

L’avenir n’existe pas

A travers le prisme financier, l’avenir n’existe simplement pas. Comment expliquer alors que le rapport [1] « Investir dans le changement climatique, nécessité et opportunités en période de turbulences » publié par la Deutsche Bank, montre qu’en 2007, plus de 148 milliards de dollars ont été investis dans les technologies vertes ?

C’est peut être parce que c’est dans le prolongement de la crise de 2008 que sont apparus, dans les institutions internationales, à l’ONU, à l’OCDE, deux nouveaux concepts, la « croissance verte » puis l’« économie verte ». La définition adoptée par les Nations Unies [2] est celle d’« une économie qui entraîne une amélioration du bien être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources ». Le marché mondial, au-delà donc des seuls « cleantechs » pourrait atteindre à moyen terme 4 500 milliards de dollars [3]. Pour autant, Edwin Zaccaï souligne que « L’économie verte n’a pas vraiment fait recette à Rio 2012 où l’objectif, flou, est assorti de bien des conditions […] »(Zaccaï, 2013). Il en résulte qu’on ne peut plus dire que la crise soit une possibilité de changement, les orientations étatiques, en France et en Europe, montrent bien qu’il s’agit d’un des fondements de l’économie verte « (…) while many countries are struggling to cope with the economic and financial crisis, the need for economic reforms and the reduction of public debts offer new opportunities to move rapidly towards a more resource-efficient, low-carbon economy » (European Commission 2012, p. 2 et p. 28).

Reprise sous conditions

En France, le Commissariat général au développement durable (CGDD) en arrive, en 2011 [4], à la conclusion que la transition de notre économie ne se fera que si trois conditions sont remplies simultanément : la mise en oeuvre d’une réelle politique industrielle ; la sécurisation des parcours professionnels ; l’articulation du dialogue social au niveau de l’entreprise, du secteur d’activité et du territoire. La réalité, c’est que les états ont mis du temps à comprendre que l’économie verte pouvait rivaliser avec les autres économies et que ses leviers étaient autant économiques que politiques.

De fait, « après la pression des ONG et associations, les entreprises subissent désormais celle des États qui ne veulent plus ni supporter des coûts environnementaux, ni tolérer des comportements sociaux et des évasions de revenus profitant aux intérêts d’actionnaires extraterritoriaux » (Comité 21, 2012).

Et si les comportements de ce qu’on appelle maintenant les « consom’acteurs » ont en effet bien changé et qu’ils attendent des produits sans OGM, sans phtalates, sans bisphénol A, sans huile de palme non durable, et fabriqué en France, on constate, dans le baromètre BVA de l’engagement durable des citoyens 2014 que les français en cette période de crise, se recentrent sur des valeurs individuelles (santé et pouvoir d’achat) et font passer l’engagement au second plan. En effet, « l’importance accordée à la protection de ma santé et à l’amélioration de mon niveau de vie progresse (+2%) au détriment de la protection de l’environnement (-3%) et de l’équité sociale (-1%). [5] »

Lire l’article suivant : Entreprise, crise et développement durable

Bibliographie et notes

[1] http://www.comite21.org/docs/actualites-comite-21/2009/rapport-de-prospective-2009-26062009.pdf

[2] Vers une économie verte – Pour un développement durable et une éradication de la pauvreté, Synthèse à l’intention des décideurs, PNUE, 2011.

[3] « Trois défis pour Rio+20 – Transition économique, renouveau de l’Agenda 21, dialogue parties prenantes », Rapport du Comité de prospective 2012 du Comité 21.

[4] Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences dans les secteurs de l’industrie et de l’énergie dans le contexte d’une économie verte, Syndex et Groupe Alpha, CGDD, avril 2011.

[5] Régis Olagne, Directeur de Clientèle BVA spécialisé dans le Développement Durable et à l’origine du Baromètre BVA de l’Engagement Durable du Citoyen http://www.bva.fr/fr/actualites/parole_d_expert/developpement_durable_economie_collaborative.html

Comité 21, 2009, « Temps de crise financière, économique, écologique, sociale : enjeux, contradictions, opportunités par le Comité de prospective du Comité 21 », [en ligne], http://www.comite21.org/docs/actualites-comite-21/2009/rapport-de-prospective-2009-26062009.pdf, consulté le 08/09/2014.

Grandjean Alain, 2008, « Crise financière et développement durable », Revue « Annales des mines ».

Zaccaï Edwin, 2013, « Le développement durable dans la crise en Europe », Développement durable et territoires, [En ligne], Vol. 4, n°3 | Octobre 2013, mis en ligne le 30 octobre 2013, consulté le 08 septembre 2014. URL : http://developpementdurable.revues.org/10207.

27
Avr 10

Petit rappel par Alain Grandjean

Le débat d’opinion concerne les opinions, pas les faits. Il concerne l’interprétation des faits, les conséquences politiques qu’on en tire, pas les faits eux-mêmes.

-les gaz à effet de serre (GES, tels que le CO2, le méthane, le N2O, les gaz fluorés et quelques autres) augmentent le pouvoir d’effet de serre de l’atmosphère

-ces gaz sont émis en quantités croissantes ; pour le seul CO2, la trajectoire dans un scénario « tendanciel » peut conduire dans le siècle à un triplement voire plus de la concentration « préindustrielle »

-un simple doublement de la concentration de l’atmosphère en CO2 conduit à une augmentation de la température moyenne planétaire située, selon les estimations, entre 2 et 5 °C1.

-l’écart de température par rapport à la dernière glaciation est de 5°C

-la dérive climatique actuelle peut donc conduire à un changement d’ère climatique en moins d’un siècle

-les impacts de ce changement d’ ère climatique sont négatifs voire très dangereux pour la majorité des habitants de cette planète

Lire l’article complet sur le site de l’Expansion.

Ce qui est dommageable, c’est que les « vagues » de discrédit aient semé le doute au point que les gens ne fassent effectivement plus la différence entre des faits scientifiques indiscutables et des opinions controverses. On peut s’interroger sur le rôle d’information que doit jouer un état vis à vis de ses citoyens. On peut s’interroger sur l’éthique de nos politiques quand on sait qu’ils ont souvent des intérêts industriels personnels, qui n’ont rien à voir avec la simple sauvegarde de notre économie nationale. Alors qui doit informer ? Et comment ?

Qui pourra objectivement dire demain « je ne savais pas » ou « j’ignorais quoi faire » ?

Qui suis-je ?

guillaume-nicolas meyer

Bienvenue sur mon blog. Je m'appelle Guillaume-Nicolas Meyer, j'ai 42 ans, je suis marié, papa de quatre enfants, et je suis un Knowledge Manager curieux et polymathe . Chercheur en sciences humaines et sociales, doctorant en sciences de gestion, je m'intéresse également aux sciences cognitives et à l'environnement. Après la région parisienne, la Bretagne et l'Alsace, je suis actuellement basé en Poitou-Charentes, France.

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