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22
Oct 15

Jusque pendant les années 1990, la délivrance d’un prêt immobilier était conditionnée à une série d’indicateurs classiques tels que niveau de salaire, apport personnel, nature du contrat de travail, santé des souscripteurs, etc. Pour contourner ce qui représente au vu de l’administration, des freins, l’état américain va multiplier les programmes d’assurance hypothécaire via trois agences : la Federal Housing Administration, créée en 1934, la Veterans Administration et le Rural Housing Service, destinée à inciter l’accès à la propriété des populations rurales.

Fannie et Freddie retournent vers le passé

En 1977, le Community Reinvestment Act (CRA) incite les prêteurs à assouplir leurs critères d’émission, notamment vis-à-vis des ménages les plus modestes. En 1995, le CRA est encore assoupli et vise cette fois à permettre aux prêteurs d’établir les conditions qu’ils souhaitent pour les défauts de paiement. Plus tard, le pay option loan, permet carrément aux emprunteurs de choisir leurs mensualités de remboursement. Tous ces « assouplissements » du système des prêts CRA donnent lieu à des prêts hypothécaires ubuesques : « 100% de financement, pas d’évaluation des crédits passés, pas de critères de revenus, pas de justificatifs par la déclaration d’impôts » (Lequesne-Roth, 2009). C’est ainsi que des souscripteurs ayant un revenu annuel de 20 000$ ont réussis à avoir des prêts de 400 000$. Le risque pour la banque est maximal et très tangible, il s’agit des prêts dits « subprimes ».

Pour prêter aux familles à revenus modestes, le Congrès américain adopte un projet de loi pour forcer la Federal National Mortgage Association (Fannie Mae) et la Federal Home Loan Mortgage Corporation (Freddie Mac) à accorder ces prêts. En 2005, leurs objectifs [1] étaient d’attribuer 50% des logements financés à des emprunteurs à bas revenus (Low and Moderate Income Housing Goal), 20% à des emprunteurs à très bas revenus (Special Affordable Housting Goal) et 31% des logements devaient être situés dans des zones habitées par des minorités (Underserved Areas Housing Goal). En 2006, ces chiffres ont été remontés à 57%, 26% et 39%.

Ceci est sans compter les aides indirectes. En 2004, l’administration Bush étend la détaxation des profits réalisés sur la vente des logements : les premiers 250 000 dollars de bénéfice sur une vente sont exonérés d’impôts. C’est E. Spitzer, ancien gouverneur de l’état de New-York, qui avance, dans un article du 14 février 2008 ayant fait sensation, que les lobbies financiers vont même jusqu’à réactiver une loi datant de 1863, qui empêche les états de légiférer sur le caractère frauduleux des prêts [2].

L’abus des Mortgage Brokers [3] et l’amortissement négatif

Ces offres alléchantes, couplées aux techniques de ventes extrêmement agressives, souvent par téléphone, développent le segment du subprime. La clientèle de ce segment, une population fragile, mal informée, et peu au fait des pratiques financières, est amené à souscrire ces prêts par des courtiers dont la rémunération est proportionnelle au rendement de leurs opérations. Ces courtiers majorent les frais de dossier (de 1% pour un prêt prime, à 6% pour un prêt subprime), font de la vente forcée d’options inutiles, pratiquent l’amortissement négatif, prévoient des pénalités en cas de remboursement anticipé (en général six mois d’intérêts) et rajoutent parfois même des clauses de non-retour en justice.

La caractéristique principale des prêts subprimes est sans doute l’amortissement négatif ou teaser rate, qui consiste à réduire, de façon artificielle, le taux d’intérêt des prêts pendant les deux premières années, les rendant très attractif. En réalité, les intérêts non payés sont ajoutés au capital à rembourser, le rendant encore plus difficile à assumer. Ajoutons à cela que les intérêts remontent après la deuxième année, pour atteindre jusqu’à 18%. La double peine est invisible dans la phase pendant lequel le marché de l’immobilier va bien, elle se fait par contre cruellement sentir quand le marché s’effondre : le bien immobilier perd de la valeur et le taux d’intérêt grimpe. La hausse du capital à rembourser ne permet pas d’envisager la revente du bien immobilier comme une solution.

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Bibliographie et Notes

[1] http://archives.hud.gov/reports/par/06par.pdf
[2] E. SPITZER, « Predatory Lenders’ Partner in Crime, How the Bush Administration Stopped the States from Stepping In to Help Consumers », The Washington Post, 14 février 2008.
[3] « Vendeur de crédit hypothécaire »

Lequesne-Roth Caroline, 2009, « Retour sur la crise des ‘subprimes’ – autopsie d’une déraison d’état », Revue internationale de droit économique, t. XXIII, 2, p. 219-242.

05
Juil 14

croissance verte

Comme le souligne Alain Grandjean, tant que l’on continuera à évaluer les stratégies de développement durable à l’aune d’indicateurs financiers inadéquats, tel que le taux de rendement interne (TRI) par exemple, les entreprises ne pourront pas se persuader d’agir (Grandjean, 2008). En effet, lorsque l’on compare le coût de l’investissement à ses recettes futures, en les actualisant, 1 euro dans 20 ans vaudra 0.4 euro (avec un taux d’actualisation de 5%).

L’avenir n’existe pas

A travers le prisme financier, l’avenir n’existe simplement pas. Comment expliquer alors que le rapport [1] « Investir dans le changement climatique, nécessité et opportunités en période de turbulences » publié par la Deutsche Bank, montre qu’en 2007, plus de 148 milliards de dollars ont été investis dans les technologies vertes ?

C’est peut être parce que c’est dans le prolongement de la crise de 2008 que sont apparus, dans les institutions internationales, à l’ONU, à l’OCDE, deux nouveaux concepts, la « croissance verte » puis l’« économie verte ». La définition adoptée par les Nations Unies [2] est celle d’« une économie qui entraîne une amélioration du bien être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources ». Le marché mondial, au-delà donc des seuls « cleantechs » pourrait atteindre à moyen terme 4 500 milliards de dollars [3]. Pour autant, Edwin Zaccaï souligne que « L’économie verte n’a pas vraiment fait recette à Rio 2012 où l’objectif, flou, est assorti de bien des conditions […] »(Zaccaï, 2013). Il en résulte qu’on ne peut plus dire que la crise soit une possibilité de changement, les orientations étatiques, en France et en Europe, montrent bien qu’il s’agit d’un des fondements de l’économie verte « (…) while many countries are struggling to cope with the economic and financial crisis, the need for economic reforms and the reduction of public debts offer new opportunities to move rapidly towards a more resource-efficient, low-carbon economy » (European Commission 2012, p. 2 et p. 28).

Reprise sous conditions

En France, le Commissariat général au développement durable (CGDD) en arrive, en 2011 [4], à la conclusion que la transition de notre économie ne se fera que si trois conditions sont remplies simultanément : la mise en oeuvre d’une réelle politique industrielle ; la sécurisation des parcours professionnels ; l’articulation du dialogue social au niveau de l’entreprise, du secteur d’activité et du territoire. La réalité, c’est que les états ont mis du temps à comprendre que l’économie verte pouvait rivaliser avec les autres économies et que ses leviers étaient autant économiques que politiques.

De fait, « après la pression des ONG et associations, les entreprises subissent désormais celle des États qui ne veulent plus ni supporter des coûts environnementaux, ni tolérer des comportements sociaux et des évasions de revenus profitant aux intérêts d’actionnaires extraterritoriaux » (Comité 21, 2012).

Et si les comportements de ce qu’on appelle maintenant les « consom’acteurs » ont en effet bien changé et qu’ils attendent des produits sans OGM, sans phtalates, sans bisphénol A, sans huile de palme non durable, et fabriqué en France, on constate, dans le baromètre BVA de l’engagement durable des citoyens 2014 que les français en cette période de crise, se recentrent sur des valeurs individuelles (santé et pouvoir d’achat) et font passer l’engagement au second plan. En effet, « l’importance accordée à la protection de ma santé et à l’amélioration de mon niveau de vie progresse (+2%) au détriment de la protection de l’environnement (-3%) et de l’équité sociale (-1%). [5] »

Lire l’article suivant : Entreprise, crise et développement durable

Bibliographie et notes

[1] http://www.comite21.org/docs/actualites-comite-21/2009/rapport-de-prospective-2009-26062009.pdf

[2] Vers une économie verte – Pour un développement durable et une éradication de la pauvreté, Synthèse à l’intention des décideurs, PNUE, 2011.

[3] « Trois défis pour Rio+20 – Transition économique, renouveau de l’Agenda 21, dialogue parties prenantes », Rapport du Comité de prospective 2012 du Comité 21.

[4] Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences dans les secteurs de l’industrie et de l’énergie dans le contexte d’une économie verte, Syndex et Groupe Alpha, CGDD, avril 2011.

[5] Régis Olagne, Directeur de Clientèle BVA spécialisé dans le Développement Durable et à l’origine du Baromètre BVA de l’Engagement Durable du Citoyen http://www.bva.fr/fr/actualites/parole_d_expert/developpement_durable_economie_collaborative.html

Comité 21, 2009, « Temps de crise financière, économique, écologique, sociale : enjeux, contradictions, opportunités par le Comité de prospective du Comité 21 », [en ligne], http://www.comite21.org/docs/actualites-comite-21/2009/rapport-de-prospective-2009-26062009.pdf, consulté le 08/09/2014.

Grandjean Alain, 2008, « Crise financière et développement durable », Revue « Annales des mines ».

Zaccaï Edwin, 2013, « Le développement durable dans la crise en Europe », Développement durable et territoires, [En ligne], Vol. 4, n°3 | Octobre 2013, mis en ligne le 30 octobre 2013, consulté le 08 septembre 2014. URL : http://developpementdurable.revues.org/10207.

13
Mai 14

pauvreté inde

Si l’on se base sur la définition présenté par le rapport Brundtland, en 1987, « Un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. », on peut être tenté d’émettre l’idée que le concept même de développement durable est intimement lié à la pérennité d’une entreprise.

Pourtant, si l’idée de durabilité existe chez à peu près tous les chefs d’entreprise, la question, morale, éthique, de durabilité de l’environnement de ladite entreprise est clairement moins présente dans leur esprit. Le résultat en est, malheureusement ou pas, perçus par les français, qui, dans l’étude « État des lieux et perspectives du Grenn Marketing », exprimaient, à 78% ne pas faire confiance aux discours environnementaux des entreprises [1]. En 2011, c’est 45 % des Français qui trouvent « qu’on en fait trop sur le réchauffement climatique » [2].

La crise financière qui existe depuis 2007, et les mesures gouvernementales d’austérité qui ont été déployées à travers le monde, l’Europe, la France, à différentes échelles, inscrivent un climat de défiance envers les investissements à longs termes. On a pu croire un temps que « les enjeux environnementaux deviennent déterminants au plan géopolitique et économique » (Grandjean, 2008) mais la pression sur les ressources énergétiques, minérales, agricoles ne cesse de croître.

Si l’on considère les trois piliers du développement durable : social, économique et environnemental, on s’aperçoit que la crise monétaire et financière actuelle les traverse tous. Et c’est sans compter les jugements de valeur éthiques liés au mode de gouvernance, notamment des institutions financières, qui apparaissent au fur et à mesure des publications sur les responsables de la crise des subprimes, dont sept ans après, les auteurs continuent à être condamnés.

Comment exprimer, faire comprendre, et à plus forte raison, faire accepter, des enjeux environnementaux soutenables lorsque nos économistes, nos politiciens, nos médias, font sans cesse référence à l’insoutenabilité de la dette financière de notre pays et des pays avoisinants ? Nous sommes donc bien dans un paradigme à contre-courant de la préconisation du rapport Bruntdland, une dette, économique, compromet, et de façon durable, les capacités des générations futures à répondre à leurs besoins. Et cette sonnette d’alarme n’est pas une nouveauté des écologistes, leurs conceptions fustigent depuis longtemps la surconsommation (Carley et Spapens, 1988) et la surexploitation.

Lire l’article suivant : le levier du greenwashing

Bibliographie et notes

[1] Enquête Quintess Consulting, « Perception des français sur les pratiques des entreprises en matière de Développement Durable », enquête en ligne réalisée du 24 septembre au 4 octobre 2009 auprès d’un échantillon de 500 personnes représentatives de la population française.
[2] http://www.lemonde.fr/vous/article/2012/04/03/je-ne-crois-pas-au-developpement-durable_1679774_3238.html

Grandjean Alain, 2008, « Crise financière et développement durable », Revue « Annales des mines ».

Carley Michael, Spapens Philippe, 1998, « Sharing the World : sustainable living and global equity in the 21st century », pp. 56-74, London, Earthscan.

23
Août 10

Pendant des millénaires, l’homme s’est chauffé et à cuisiné en utilisant une énergie locale (le bois et la tourbe pour l’essentiel). Depuis cent ans, nous faisons tout pour dépendre d’un système géant, qui, dès qu’il va mal, nous prive d’énergie : une tempête prive d’électricité des foyers, une crise politique qui ne concerne même pas notre pays met à mal nos réserves de gaz naturel (les raccourcis sont volontaires). C’est tout de même extrêmement dangereux d’un point de vue économique, stratégique et politique que de dépendre des autres pour notre énergie.

La recherche de solution énergétique s’inscrivant dans une logique de développement durable permet de remettre au goût du jour la cogénération et plus particulièrement la micro-cogénération. En effet, il ne s’agit pas d’une solution nouvelle car le principe est connu depuis le 19ème siècle (dépôt du brevet du « moteur à air chaud » le 27 septembre 1816 par Robert Stirling). Le système le plus rentable (en terme d’énergie produite et consommée) est la micro-cogénération à partir de gaz naturel.  Là vous tiquez, je viens de dire qu’il était dangereux de dépendre du gaz des autres. Mais on peut produire notre propre gaz à partir de la biomasse. Et la France n’en manque pas. En Allemagne, une ferme avec un système de cogénération répond déjà aux besoins de 80 maisons.

Aujourd’hui, il faut que nous revenions à une logique évidente, proche de celle d’Internet : pour sécuriser un réseau (énergétique, d’information), il faut l’éclater. Si une centrale nucléaire est « Off » du jour au lendemain, nous perdons une énorme capacité de fourniture d’énergie d’un coup et le réseau est très fragilisé. Si un réseau décentralisé de 1000 centrales de types micro-cogénération perd d’un coup dix ou 15 unités de production, le réseau continue de fonctionner.

Si l’on installait des systèmes de cogénération partout où c’est possible en France, non seulement on serait dans un développement énergétique durable et soutenable mais cela relancerait l’économie agricole et les filières vertes. Triple utilité, les résidus issus d’une cogénération biomasse peuvent servir d’engrais (inodore après l’extraction du méthane). Chaque site industriel, hôpital, piscines, commune ou communauté de communes deviendrait producteur d’énergie.

02
Août 10

Jean-Louis BORLOO annonçait le 7 juillet une baisse historique de la consommation d’énergie et des émissions de CO2 dans  le bilan énergétique de la France.

La bonne nouvelle c’est que la consommation d’énergie primaire diminue de 5,2 % en 2009, une baisse d’une ampleur jamais enregistrée depuis 1975. Avec, 259 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), elle retrouve à peu près son niveau d’il y a 10 ans.

La « mauvaise » nouvelle, c’est que c’est à cause de la crise et pas du tout grâce aux mesures du Grenelle Environnement comme le prétend le communiqué de presse.

A titre de poudre aux yeux, le communiqué de presse cible par exemple de l’électricité photovoltaïque et annonce fièrement +600% en 2 ans. Whaouh… mais ça représente combien en Mtep par exemple ? En fait, de  2 Mtep en 2007, on est passé à 14 Mtep sur les 20 000 Mtep que représente les ENR, ça ne fait pas lourd, alors pourquoi s’en vanter à part pour faire de l’auto-promotion ?

Au final, l’augmentation de la production ENR est 1,8 % par rapport à 2008, ce n’est donc pas énorme.

Du point de vue de l’énergie, l’année 2009 est celle de la crise de la demande, avec des baisses à deux chiffres de la production industrielle (-15% pour l’indice de la production industrielle manufacturière) ou de la circulation des poids lourds (-12%). La plupart des consommations d’énergie en France métropolitaine marquent un net décrochage par rapport à la tendance à la stabilisation observée ces dernières années avec au total une baisse de 5,2%.

Ce qu’il faut retenir, c’est que la facture énergétique de la France (même en diminuant d’un tiers en 2009) représente à elle seule la quasi totalité du déficit de notre commerce extérieur, soit près de 43 milliards d’euros en 2009.

Qui suis-je ?

guillaume-nicolas meyer

Bienvenue sur mon blog. Je m'appelle Guillaume-Nicolas Meyer, j'ai 42 ans, je suis marié, papa de quatre enfants, et je suis un Knowledge Manager curieux et polymathe . Chercheur en sciences humaines et sociales, doctorant en sciences de gestion, je m'intéresse également aux sciences cognitives et à l'environnement. Après la région parisienne, la Bretagne et l'Alsace, je suis actuellement basé en Poitou-Charentes, France.

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