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30
Juin 13

Data Mining, cartographie, Twitter et Gephi 11

Je disais dans mon mémoire de recherche en Sciences de l’Information et de la Communication que « le web est un nouvel espace où se perdre« , retour sur le pourquoi du comment et sur le comment on s’en sort.

D’un espace euclidien à un espace sémantique

Data Mining, cartographie, Twitter et Gephi

Nous sommes tous devenus des producteurs de contenus et cela se mesure. Sur le web, plus de 70% des nouveaux contenus sont produits par les utilisateurs, on parle d’UGC (User Generated Content). Paradoxalement l’essentiel des internautes n’ont pas le sentiment d’être actif sur le web. Normal, la frontière entre lecture et écriture s’est diluée dans les usages. Lire sur le web n’est plus un acte passif, car lire, c’est déjà être remarqué « 203 personnes ont lu ça » et donc avoir un impact sur d’autres lecteurs potentiels. Auriez-vous lu l’article s’il était indiqué « 0 personne a lu ça » ? On ne fait plus « que » lire, on « aime ça » (bouton like de Facebook), on gazouille (twitt, re-twitt et hastag sur Twitter), on « +1 » (Google +), on « trackbacks », on « backlinks », etc.

Comme le dit le sociologue Dominique Cardon (2010) : « Il faut être attentif au fait que les internautes produisent, par leurs clics, leurs liens, leur retweet, la visibilité des informations sur internet. » Cette visibilité, délégitimé par la décontextualisation qu’elle engendre, a un réel impact sur le degré de pertinence socio-cognitive (Cosign et Ingwersen, 2000) des internautes.

Data Mining, cartographie, Twitter et Gephi

Le web est donc un espace qui n’a pas de limites et cela n’est pas sans poser de problèmes aux internautes que nous sommes car nous sommes habitués à dresser nos repères dans un espace euclidien. En effet, « … l’espace de navigation n’est pas un espace physique dans lequel on s’oriente, mais un espace sémantique dans lequel on traite des contenus » (Tricot et al. 1998). Cette particularité du web comme espace à la fois documentaire, médium et méta-plate-forme de dispositifs d’accès à l’information engendre une confusion cognitive.

Si nous recherchons le sens d’un mot dans un dictionnaire, nous pouvons être tentés de regarder les autres mots de la page mais, étant dans un espace fini, les lectures « suggérées » ne sont pas nombreuses. En comparaison, sur une « page » web, dont l’espace de lecture peut varier du simple (deux cents pixels de haut sur six cents de large) au triple, nous pouvons « rebondir » à l’infini grâce aux liens hypertextes.

Data Mining, cartographie, Twitter et Gephi

Cette transversalité peut facilement nous faire « sortir » de notre contexte initial de recherche, ou de lecture.

Les mutations provoquées par la lecture de document numérique, notamment la transversalité due à l’hypertexte, induisent de nouveaux comportements et ont un réel impact sur la confiance. Quand je lis une page, est-ce que je ne suis pas influencé par l’autorité du contenu de la page d’où j’arrive ?

Michel Serres nous le rappelle (Serres, 2005), nous sommes passé d’un espace fini, métrique, et donc par essence maîtrisable, à un espace infini et sémiotiquement in-maîtrisable (nous rappelons ici la notion de l’état « sauvage » du Word Wild Web).

 

Les nœuds d’autorité

Data Mining, cartographie, Twitter et Gephi

Face à ce déluge informationnel et pour remédier au problème de spatialisation de l’information nous avons réintroduit un outil puissant s’il en est, la carte. L’Homme utilise la carte depuis des millénaires et lorsqu’il est perdu, il fait une carte. En inventant le web, nous avons inventé un nouvel espace dans lequel nous perdre et, logiquement, nous avons amélioré notre appréhension de cet univers numérique avec des techniques de visualisation de données.

Data Mining, cartographie, Twitter et Gephi

Au lieu de se repérer dans une carte grâce à des repères spatiaux, ce qui ne ferait aucun sens puisque nombre de site européens sont hébergés sur des serveurs américains, les cartes positionnent les sites ou les gens les uns par rapport aux autres en se basant sur leur influence, leur notoriété, leur popularité. De repères objectifs, mesurables, quantifiables, nous avons basculés sur des repères flous, variants et discutables. Pour autant, cette nouvelle mécanique cognitive qu’est la cartographie d’information nous permets d’identifier les nœuds des réseaux qui nous environnent. Être un « nœud » névralgique d’un réseau n’est pas nouveau. Les gardiens des portes au Moyen-Âge en étaient : sans eux, impossible de pénétrer dans le réseau social de la ville.

Sur le web, la transposition fonctionne. Impossible en effet de bien référencer son site sur un sujet donné sans qu’il y ait de lien (de préférence entrant) avec un des nœuds (site, blog, forum) référent sur le sujet. On peut illustrer très concrètement les nœuds d’autorité informationnelle en analysant ses followers Twitter.

 

Réseaux de personnes ou réseaux sémiotique ?

Data Mining, cartographie, Twitter et Gephi

Pour Dana Boyd, la transposition avec des réseaux de personnes est évidente. « Nous donnons du pouvoir aux gens quand nous leur accordons notre attention et les gens gagnent du pouvoir quand ils font le pont entre des mondes différents et déterminent quelles informations seront reversées dans les réseaux » dont ils sont l’un des nœuds (Boyd, 2009). Joël de Rosnay en son temps (1996) avait clairement expliqué ce décalage, cette mutation du pouvoir informationnel « … chacun d’entre nous à titre individuel, comme nœud de réseau, peut maintenant agir, ce qui était auparavant l’apanage des seuls puissants, des riches et des politiques. »

 

Cas concret : cartographie de mes followers Twitter

Au fil de l’article vous avez pu voir les captures d’écran de mon travail de cartographie de mes followers Twitter. Après un export sur Twitter, j’ai nettoyé un peu le fichier et importé le tout dans Gephi. Une fois dans Gephi, il faut passer un peu de temps sur la contextualisation des noeuds et des liens (de très bons tutoriels existent à ce sujet) puis sur la spatialisation pour avoir une illustration graphique exploitable des regroupements sémantiques et sémiotiques effectués par Twitter. Vous pouvez ensuite exploiter votre carte pour identifier les liens forts et les liens faibles.

Concocté à partir du mémoire de recherche « Évaluer l’information sur le web, peut-on arriver à une pertinence sociocognitive satisfaisante ?« .

27
Fév 13

Mémoire de recherche sur l'évaluation de l'information sur le web

De son titre complet « Évaluer l’information sur le web, peut-on arriver à une pertinence sociocognitive satisfaisante ?« , voici mon mémoire de recherche de Master en Sciences de l’Information et de la Communication, qui vient d’être publié sur la plate-forme mémSIC.

Réalisé sous la direction du professeur Alain Chante, ce mémoire visait, via études, analyses et hypothèses à partir du corpus documentaire en Sciences de l’Information et de la Communication, à répondre à la question « peut-on encore évaluer, sans influences (métacognitives) un objet informationnel sur le web ? ».

Evaluer l’information sur le web est un nouveau paradigme cognitif.

Evaluer l'information sur le web : Digitales Natives et Digital OldersLa profusion des documents, des supports, leurs interconnections, modifient en profondeur nos façons de chercher une information, nos stratégies d’évaluation et d’appropriation et donc nos schèmes cognitifs. La contextualisation et l’identification sont des tâches plus complexes sur le web, de par la nature protéiforme et pluriculturelle de l’information. Les mécanismes de lecture traditionnels ne sont plus opérants dans un espace virtuel sans limites, dé-temporalisé et graphiquement instable. Les mécanismes d’évaluation de l’information, comme la construction de ses autorités informationnelles ou de la pérennité de ses autorités cognitives, prennent maintenant une dimension collective qui passe systématiquement par une redocumentarisation et un brassage des taxonomies personnelles.

Introduction

« Le but de l’évaluation est de savoir s’il faut ou non sélectionner, exploiter et s’approprier l’information en question. Il s’agit en fait d’attribuer une valeur, une signification à l’information au moyen d’un jugement. » (Duplessis, 2007)

« On croyait que le numérique nous apporterait un accès facilité à la connaissance, il n’en est rien. La littératie se complexifie au contraire et l’illusion de la transparence dissimule délégations techniques et intellectuelles. » (Le Deuff, 2010)

Evaluer l'information sur le web : L'influence des autresLe jugement de la crédibilité des sources d’information est un thème qui interpelle les chercheurs en sciences de l’information et de la communication depuis toujours (Rouet et al, 2008). À l’heure où chacun utilise le web quotidiennement, que ce soit dans la sphère professionnelle ou personnelle, il nous intéresse de comprendre les mécanismes que chacun met en place pour arriver à une pertinence sociocognitive suffisamment satisfaisante pour « classer » un document en terme de confiance et d’utilisabilité : « populaire, mais pas fiable », « crédible, mais pas utile », « pertinent, mais inutile », etc.

Dans notre démarche de recherche, nous nous interrogerons selon trois axes principaux.

Le premier est lié à au media en lui-même et interroge sur nos facultés de perception sur le web. Le web est-il vraiment un espace à part, avec des règles de fonctionnement tellement spécifiques que nos mécanismes cognitifs d’évaluation de l’information en seraient perturbés ? Est-ce que le web introduit de nouvelles contraintes cognitives ? Est-ce que les mutations quasi-permanentes de cet espace immatériel permettent à l’internaute d’établir des stratégies d’évaluation, de recherche, pérennes ?

Evaluer l'information sur le web : autorités cognitives, autorités énonciatricesLe deuxième axe de recherche tient au concept de pertinence proprement dit. Comment juge-t-on que ce que l’on a trouvé est fiable au point de se dire qu’on va utiliser cette information, parfois dans un contexte de crise ? Quel sont les mécanismes qui font que l’on investit une information au point de décider de la transmettre à un tiers, de s’en porter garant ? Brigitte Simonnot (2008b) pose la question en ces termes « Les critères traditionnels d’évaluation de l’information sont-ils toujours opérants, à l’heure où les volumes d’information potentielle ne cessent de croître ? »

Mémoire de recherche sur l'évaluation de l'information sur le webEnfin le troisième axe de recherche porte sur nos façons de transformer l’information. Nous partirons de la définition d’Yves Jeanneret (2000) pour qui « l’information n’existe pas en soi, qu’elle est toujours le produit d’une interaction, d’un regard humain sur un objet, qui est le document ». Quels outils offre le web aujourd’hui pour co-évaluer une information, pour co-construire un réseau, pour partager des connaissances ? L’évaluation de l’information va-t-il devenir un processus collectif ?

Vous pouvez télécharger le mémoire de recherche « Évaluer l’information sur le web, peut-on arriver à une pertinence sociocognitive satisfaisante ?« .

03
Oct 12

La théorie de l'escargot

La théorie de l'escargotPour la troisième année consécutive la délégation Alsace de l’ADBS était partenaire du salon Cogito Expo qui se tenait hier à Strasbourg.

L’ADBS y tenait un stand et a pu ainsi présenter ses activités, formations, revues et ouvrages. Un grand merci à Patrick Müller, adhérent fidèle depuis plus de vingt ans et acteur impliqué puisqu’en plus d’être venu m’aider sur le stand, s’occupe des traductions en allemand d’extraits de la revue Documentaliste Sciences de l’Information.

Un grand merci également à Michèle Battisti, responsable de la veille juridique à l’ADBS et nouvelle rédactrice en chef de la revue Doc-SI, qui a fait le déplacement de Paris pour animer un atelier de 45mn sur la thématique « les veilleurs face au droit ».

Et bien sûr, merci à tous les adhérents et non-adhérents qui ont échangés avec nous au milieu des speed démos, des ateliers et des conférences. Sans aucun doute, la thématique « L’information, la connaissance…l’Humain ! » était bien choisie.

En tant que Délégué Régional Alsace, j’animais pour ma part, un atelier sur « l’évaluation de l’information sur le web ». L’occasion de présenter et d’échanger sur des notions comme la crédibilité, la fiabilité, la popularité, la croyabilité et bien sûr la pertinence. Qu’est-ce qui fait qu’une information peut être pertinente pour quelqu’un dans un contexte donné, inutile pour une autre et pas fiable pour une troisième ?

J’en ai également profité pour présenter les processus cognitifs qui se jouent dans le cerveau, notamment dans le cas de la lecture sur le web. En insistant sur le quadruple brouillage (voir la présentation) auquel nous sommes tous soumis lorsque nous surfons sur le web, mon atelier était l’opportunité de sensibiliser chacun sur les enjeux, souvent différents, entre les diffuseurs et agrégateurs de l’information et ceux qui les recherchent.

Merci à tous ceux qui ont suivi et interagi lors de cet atelier. Vous trouverez la présentation ci-dessous.

Pour ceux qui sont intéressés par le sujet, je vous recommande la lecture du livre d’Alexandre Serres « Dans le labyrinthe, l’évaluation de l’information sur Internet« .
26
Sep 12

autorités informationnelles

Plutôt qu’un long discours sur le sujet, un simple tweet, qui doit nous rappeler comment nous construisons nos autorités informationnelles. L’objectif de Google est-il de renforcer la position de l’auteur longtemps chahuté par  l’internaute lambda qui pouvait s’octroyer le même espace de publication que l’expert ?

 

14
Mar 11

bonbons

L’émergence de la métacognition en centre de documentation

Du structuralisme à la systémique, comment ces approches mettent-elles en évidence les connaissances métacognitives et l’affectivité dans un usage d’apprentissage en centre de documentation ?

Je vais présenter ma réflexion en 8 étapes.

2 De la kybernêtikê de Google à l’homéostasie de Facebook

2.4 De la nécessité d’une culture informationnelle

Les nouvelles typologies de recherche ont créé un lien de dépendance très fort des utilisateurs vis-à-vis des moteurs de recherche. « Une écrasante majorité d’utilisateurs considère que les résultats donnés par les moteurs de recherche sont fiables et questionne peu la pertinence des résultats. » [BRO 07] Un centre de documentation peut difficilement rivaliser avec Google.

De plus, « Je l’ai trouvé sur Internet » est devenu le nouveau « dicton d’autorité personnelle », selon la formule de Régis Debray, de la cybersphère. [SER 05]

Or, des notions « évidentes » pour chacun comme la confiance, la pertinence, la qualité, la crédibilité et la fiabilité deviennent très vite difficiles à définir dans un cadre d’évaluation de l’information. Et c’est sans compter que « les moteurs de recherche ne sont pas à l’abri des manipulations et de la propagande. » [SIM 09]

Comme le concept de réseau social, les concepts de qualité et d’autorité ne sont pas nouveaux. [RIE 02] « The concepts of quality and authority are not new. » Mais arriver à une pertinence sociocognitive satisfaisante est un processus itératif complexe que nous mettons en œuvre à toutes les étapes de notre vie. De l’enfance à l’analyse stratégique, nous devons régulièrement évaluer la pertinence sociocognitive d’une information et donc accepter de, parfois, nous tromper. Se tromper n’est pas envisageable dans l’approche analytique.

Quand on sait que « La maîtrise de l’information […] est l’une des cinq habiletés essentielles pour pouvoir intégrer le marché de travail dans l’avenir. » [INF 95], on se dit qu’il est grand temps d’opter pour l’approche systémique, qui nous permettra, nous en sommes convaincus de développer une culture informationnelle durable.

« On croyait que le numérique nous apporterait un accès facilité à la connaissance, il n’en est rien. La littératie se complexifie au contraire et l’illusion de la transparence dissimule délégations techniques et intellectuelles. » [LED 10]


[BRO 07] BROUDOUX Évelyne, 2007, « Construction de l’autorité informationnelle sur le web. », accessible [en ligne], http://hal.archives-ouvertes.fr/sic_00120710/, consulté le 16 octobre 2010.

[SER 05] SERRES Alexandre, 2005, « Évaluation de l’information sur Internet, le défi de la formation. », Bulettin des Bibliothèque de France – Paris, t. 50, n° 6, dossier : Formation des usagers, [en ligne], http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2005-06-0038-006, consulté le 10 octobre 2010.

[SIM 09] SIMMONOT Brigitte, 2008, « Être usager de l’information en ligne nécessite-t-il de nouvelles compétences ? », Ch1, p 21-39 in Dinet J. (dir, « Usages, usages et compétences informationnelles au 21ème siècle », Paris : Hemès Lavoisier.

[RIE 02] RIEH, Soo Young, 2002, « Judgment of Information Quality and Cognitive Authority in the Web. », Journal of the American Society for Information Science and Technology, 53(2), 145-161.

[INF 95], Information Literacy Committee, 1995, « Information Literacy », Ocotillo Report ’94, Arizona, USA, Maricopa Center for Learning and Instruction (MCLI), disponible [en ligne] à l’adresse : http://hakatai.mcli.dist.maricopa.edu/ocotillo/report94/rep7.html, traduction disponible [en ligne] sur http://www.ebsi.umontreal.ca/formanet/culture.html, consulté le 12 novembre 2010.

[LED 10] Le Deuff Olivier, 2010, « Nous avons de plus en plus besoin de lecteurs de crânes de licorne », [en ligne], http://www.guidedesegares.info/2010/12/31/nous-avons-de-plus-en-plus-besoin-de-lecteurs-de-cranes-de-licorne/, consulté le 2 janvier 2011.

Qui suis-je ?

guillaume-nicolas meyer

Bienvenue sur mon blog. Je m'appelle Guillaume-Nicolas Meyer, j'ai 40 ans, je suis marié, papa de quatre enfants, et je suis un Knowledge Manager polymathe et curieux. Chercheur en sciences humaines et sociales, doctorant en sciences de gestion, je m'intéresse également aux sciences cognitives et à l'environnement. Après la région parisienne, la Bretagne et l'Alsace, je suis actuellement basé en Poitou-Charentes, France.

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