Articles liés au mot-clé ‘cognitif’

26
Mar 13

lire sur le web - eyetracking, lecture en F

lire sur le web - une nouvelle compétence cognitiveL’écriture n’a été inventée qu’il y a environ 5 400 ans et son accès était, jusqu’à très récemment, réservé à une élite intellectuelle. C’est pourquoi le Professeur Stanislas Dehaene affirme que « le cerveau humain ne peut donc en aucun cas avoir fait l’objet d’une pression sélective, au cours de son évolution, pour en faciliter l’apprentissage. » (Dehaene, 2008) Lire sur le web, au contraire, est accessible à tous (on laisse de côté la fracture numérique existante, le temps de l’article).

Lire est donc une « nouvelle » compétence cognitive et n’a pas toujours eu la signification qu’on lui prête aujourd’hui. Saint Augustin, à la fin du IVe siècle, trouve étrange que son maître, Saint Ambroise, pratique la lecture à voix basse, la lecture étant à cette époque, essentiellement pratiquée à voix haute. Pour les humanistes de la Renaissance, la lecture est un entretien avec des grands hommes et non pas un processus d’amélioration de ses connaissances. Descartes disait à ce sujet : « La lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs. »

Mais lire sur le web, c’est avant tout lire un hypermédia et notre « nouvelle » compétence cognitive n’a peut-être pas encore fait le lien entre nos différentes ressources cognitives et ce nouvel enjeu.

Pour définir un critère de lisibilité d’une page sur le web, il convient de tenir compte de deux dimensions : d’une part l’aspect matériel, visuel, d’une page et d’autre part la lisibilité cognitive.

Lisibilité visuelle

lire sur le web - lisibilité visuelleNous sommes habitués à lire sur papier et nous avons acquis des réflexes de lecture qui sont difficilement transposables lors de la lecture sur écran. De plus, nos caractéristiques physiologiques ne nous permettent pas de lire à l’écran comme sur papier. Ainsi la lecture à l’écran est en général plus lente de 25% par rapport à la lecture papier. La lecture à l’écran entraîne également une fatigue visuelle importante due à la luminosité du support.

Le Professeur Dehaene nous explique que les traits universels des écritures présentent tous dans la fovéa de la rétine, une haute densité de traits hautement contrastés (typiquement noir sur blanc). D’où le fait que les sites web proposant une altération du contraste soient déclarés moins lisibles par leurs utilisateurs. Cela perturbe clairement notre lecture, mobilise plus de ressource cognitive et amoindrit le confort visuel.

Lisibilité cognitive

lire sur le web - eyetracking, lecture en FLa lisibilité cognitive représente l’effort de mobilisation de ressources cognitives pour la lecture d’une page web.

Tout d’abord, il convient de rappeler qu’on ne lit pas sur le web comme dans d’autre espace de lecture. Selon l’étude de Jakob Nielsen , 79% des lecteurs sur le web utilisent une lecture de type balayage. Le lecteur survole le texte à la recherche d’informations, lit par groupe de mots et passe d’un groupe à un autre, afin d’essayer d’assimiler le plus d’information possible tout en mobilisant le moins de ressources cognitives possibles. À peine 16% des lecteurs sur le web auraient une lecture mot à mot.

Nielsen démontre également dans son étude que la lecture sur le web est modulaire et correspond à un schéma de lecture en forme de F. Notre œil balaye l’ensemble de la page, puis il est attiré par les titres, les images, les encadrés, menus, et publicité bien sûr. Finalement, est-ce que notre « nouvelle » compétence cognitive qu’est la lecture ne s’est pas déjà adaptée à ce média ?

Quand les neurones s’en mêlent

Les mécanismes d’évaluation de l’information se jouent dans la plus fantastique des « machines » traitant de l’information en permanence, le cerveau. Les actes de notre quotidien sur le web comme s’installer confortablement dans son fauteuil et positionner son clavier, saisir une requête dans un moteur de recherche sur une destination idyllique, apprécier les photos que propose l’interface, sont fait le plus souvent sans y penser. Ils sont devenus des actes banals, au même titre que feuilleter un livre. Pourtant, ces actes que l’on peut qualifier d’élémentaires, « impliquent en réalité au niveau neurophysiologique une cascade d’opérations allant des plus élémentaires à des mécanismes opérant à grande échelle (du point de vue du système nerveux), au travers de multiples relais. » (Lalanne, 2005)

Même si nous sommes encore loin d’avoir compris tous les mécanismes fonctionnels opérants dans le cerveau, les trente dernières années ont permis des avancées considérables, que ce soit avec les neurosciences ou la psychologie cognitive expérimentale.

Évaluer l’information sur le web modifie notre cerveau

lire sur le web - utilisation neuronaleLe docteur Gary Small et son équipe de l’Université de Californie à Los Angeles ont publiés en 2008, dans l’American Journal of Geriatric Psychiatry les résultats de leur étude portant sur la mesure des fonctions cérébrales lors de recherches effectuées sur le web. Le résultat de ces études nous permet d’affirmer d’un point de vue clinique que l’évaluation d’une information sur le web est bien une activité cognitive très élaborée. Nous mobilisons pour ce faire les centres clés du cerveau qui contrôlent le processus de décision et de raisonnement complexe.

 « Notre découverte la plus frappante a été que les sujets faisant des recherches sur Internet ont paru mobiliser davantage de circuits neuronaux qui ne sont pas stimulés par la lecture, mais seulement chez ceux ayant une expérience de recherche sur Internet. » — Dc Gary Small, UCLA, 2008 .

Pour autant cette étude à une limite. Il existe en effet deux types de lecture : la lecture savante et la lecture privée. Si on oppose une recherche sur le web à une lecture, encore faudrait-il qu’il s’agisse d’une lecture savante, pendant laquelle le lecteur est beaucoup plus actif que lorsqu’il lit un roman. Pour être tout à fait objectif, il conviendrait de compléter ces observations par d’autres dans laquelle on comparerait un épisode de lecture plaisir et un épisode de lecture savante sur les deux types de support. On pourrait surement alors constater non seulement des écarts entre les supports mais également entre les types de lecture.

Ce n’est surement pas pour rien que déjà Cicéron opposait ceux qui aiment lire pour le voluptas de la lecture, et ceux qui lisent pour son utilitas (Cicéron, De Fin., V, 2).

Sources :

 

Concocté à partir du mémoire de recherche « Évaluer l’information sur le web, peut-on arriver à une pertinence sociocognitive satisfaisante ? ».

PS : j’ai piqué le titre à Mallarmé.

07
Oct 10

Partant du postulat (avéré à mon sens) que tout internaute apprend à devenir autonome comme « demandeur de connaissances » grâce au réservoir de savoirs qu’est Internet, Martin Lessard nous offre des pistes intéressantes sur la crédibilité d’une information, sa perception et l’investissement de confiance pour la traiter, l’assimiler, etc.

05
Sep 10

L’universalité de la lecture des émotions est un des postulats fondamentaux de la synergologie. Lorsque nous disons : « universalité », il faut entendre universalité du ressenti des émotions car l’expression émotionnelle peut elle être différente d’une culture à une autre. C’est d’ailleurs parce que les émotions peuvent être comprises universellement que les êtres humains peuvent comprendre ce que ressent l’autre, sans qu’il soit nécessaire de se parler.

Article de Philippe Turchet

Découvrez la synergologie

06
Juil 10

Les pics d’émotions collectives sur les réseaux sociaux peuvent s’anticiper, soulignent deux chercheurs de l’université ETH de Zurich. Pour qui il est possible d’en analyser la signification en fonction de leur caractère positif ou négatif. Cela notamment à destination des entreprises qui font de la veille de réputation sur ces plates-formes. Dans ce sens les chercheurs proposent un modèle qui détermine l’émergence d’émotions collectives à partir de signaux psychologiques particuliers repérés dans les commentaires des internautes. Deux concepts clés sont ainsi mis en avant : la valence – qui indique le plaisir ou le déplaisir lié à l’émotion exprimée – et l’éveil (« arousal ») – qui traduit l’implication de l’internaute dans cette émotion ressentie. « Dans notre modèle, un état d’émotion collective ne peut émerger qu’à condition qu’un nombre suffisant d’agents exprime leur ‘valence’ individuelle, ce qui dépend de leur ‘éveil' », précisent les chercheurs.

Lire l’article complet sur l’Atelier.

30
Nov 09

Je réponds au post de Martin Lessard sur « les moteurs de confiance » ici, car je vais m’étendre…

Je précise que cet échange s’appuie, entre autre, sur un document d’Olivier Ertzscheid et de Gabriel Gallezot sur la valeur d’une information et son appréhension sur les bases de constructions cognitives antérieures.

Mon point de vue : Notre confiance dans Google (ou un autre moteur de recherche) est également basée sur notre expérience et la qualité (ou la médiocrité) des résultats renvoyés. Chacun a sa propre expérience (ses propres process cognitifs) de l’outil. Il y a bien une couche de confiance basée sur la popularité de l’outil (si Google le dit…), mais elle fait partie du tout, de l’indice de confiance globale d’un individu. Du coup, il n’y a pas dichotomie entre les deux, il n’y a pas plusieurs confiances mais des préférences. Un individu ne fait pas le même usage d’un moteur de recherche que d’un réseau social et pourtant les processus cognitifs d’investissement de la confiance dans les informations qu’ils renvoient sont les mêmes.

En fait je pense qu’il faut reformuler mon interrogation « Dois-je croire cette information parce qu’elle provient de Google ou parce que mon ami me l’a dit ?« , en deux parties « qui j’écoute le plus ? » d’une part et « qui je crois je plus ? » d’autre part. Pourquoi cette séparation ? Parce que l’on voit bien le parallèle entre un moteur de recherche et un réseau social. Aujourd’hui, il est évident qu’on « écoute » plus son réseau social, en ça je rejoins Martin Lessard qui défini un réseau social comme « la première ligne d’alerte … d’une information montante » mais à la question « qui je crois le plus », on voit bien sur des sujets de fond que le niveau de confiance d’un réseau social est extrêmement faible.

Exemple concret sur un sujet du moment : la grippe A H1N1

Sur les réseaux sociaux on en parle : qui l’a eu ? Que fait votre entreprise en cas d’épidémie ? Combien de morts la grippe fait-elle ? Etc. Mais quand les gens recherchent une information importante pour eux « faut-il se faire vacciner ?, Mon enfant est-il en danger ? Centre de vaccination… » ils se tournent vers les moteurs de recherches (disons le Google).

On voit bien qu’il y a une frontière claire entre la forme et le fond. Si sur la forme, j’écoute plus mon réseau social, comme une conversation avec un collègue de travail ou mon voisin, sur le fond, j’aurai tendance à rechercher une information référente, que je pourrai qualifier « d’experte », parce que cela me rassure.

On peut alors débattre de la qualité des information proposée par les moteurs de recherche (wikipedia est quand même rédigéé par des non experts, des amateurs et pourtant nombre d’internautes y puisent quotidiennement des informations sans remettre le contenu en question). Mais aujourd’hui les gens utilisent Google comme si c’était un lien vers le sésame des informations pertinentes, vers un dictionnaire par exemple. Très peu remettent en question la pertinence des liens proposés, parce que bien souvent leurs requêtes aboutissent à des résultats satisfaisants.

Les résultats d’un moteur de recherche sont le fruit d’une collecte et d’une priorisation par un logiciel, il ne faut pas l’oublier. Et même un logiciel très perfectionné est faillible, voire corrompu car partie prenante (pourquoi les moteurs de recherche ne renvoient pas les mêmes résultats dans tous les pays ?).

Question rigolote : si en 1638 Galilée avait écrit un blog sur sa théorie mathématique qui aboutissait à la conclusion que la terre n’était pas au centre de l’univers, sur quelle page de résultat de Google serait-il apparue ? En effet, à l’époque l’église et le tribunal de l’Inquisition avaient plein de blogs et de sites qui disaient le contraire… Il faudra attendre 1992 pour que l’église reconnaisse la contribution de Galilée à la science.

On devrait faire un débat sur l’affect et la confiance… mais je ne sais pas par quel bout le prendre. Idées ?

Qui suis-je ?

guillaume-nicolas meyer

Bienvenue sur mon blog. Je m'appelle Guillaume-Nicolas Meyer, j'ai 40 ans, je suis marié, papa de quatre enfants, et je suis un Knowledge Manager polymathe et curieux. Chercheur en sciences humaines et sociales, doctorant en sciences de gestion, je m'intéresse également aux sciences cognitives et à l'environnement. Après la région parisienne, la Bretagne et l'Alsace, je suis actuellement basé en Poitou-Charentes, France.

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