30
novembre 2009

Information, confiance et crédibilité

Je réponds au post de Martin Lessard sur « les moteurs de confiance » ici, car je vais m’étendre…

Je précise que cet échange s’appuie, entre autre, sur un document d’Olivier Ertzscheid et de Gabriel Gallezot sur la valeur d’une information et son appréhension sur les bases de constructions cognitives antérieures.

Mon point de vue : Notre confiance dans Google (ou un autre moteur de recherche) est également basée sur notre expérience et la qualité (ou la médiocrité) des résultats renvoyés. Chacun a sa propre expérience (ses propres process cognitifs) de l’outil. Il y a bien une couche de confiance basée sur la popularité de l’outil (si Google le dit…), mais elle fait partie du tout, de l’indice de confiance globale d’un individu. Du coup, il n’y a pas dichotomie entre les deux, il n’y a pas plusieurs confiances mais des préférences. Un individu ne fait pas le même usage d’un moteur de recherche que d’un réseau social et pourtant les processus cognitifs d’investissement de la confiance dans les informations qu’ils renvoient sont les mêmes.

En fait je pense qu’il faut reformuler mon interrogation « Dois-je croire cette information parce qu’elle provient de Google ou parce que mon ami me l’a dit ?« , en deux parties « qui j’écoute le plus ? » d’une part et « qui je crois je plus ? » d’autre part. Pourquoi cette séparation ? Parce que l’on voit bien le parallèle entre un moteur de recherche et un réseau social. Aujourd’hui, il est évident qu’on « écoute » plus son réseau social, en ça je rejoins Martin Lessard qui défini un réseau social comme « la première ligne d’alerte … d’une information montante » mais à la question « qui je crois le plus », on voit bien sur des sujets de fond que le niveau de confiance d’un réseau social est extrêmement faible.

Exemple concret sur un sujet du moment : la grippe A H1N1

Sur les réseaux sociaux on en parle : qui l’a eu ? Que fait votre entreprise en cas d’épidémie ? Combien de morts la grippe fait-elle ? Etc. Mais quand les gens recherchent une information importante pour eux « faut-il se faire vacciner ?, Mon enfant est-il en danger ? Centre de vaccination… » ils se tournent vers les moteurs de recherches (disons le Google).

On voit bien qu’il y a une frontière claire entre la forme et le fond. Si sur la forme, j’écoute plus mon réseau social, comme une conversation avec un collègue de travail ou mon voisin, sur le fond, j’aurai tendance à rechercher une information référente, que je pourrai qualifier « d’experte », parce que cela me rassure.

On peut alors débattre de la qualité des information proposée par les moteurs de recherche (wikipedia est quand même rédigéé par des non experts, des amateurs et pourtant nombre d’internautes y puisent quotidiennement des informations sans remettre le contenu en question). Mais aujourd’hui les gens utilisent Google comme si c’était un lien vers le sésame des informations pertinentes, vers un dictionnaire par exemple. Très peu remettent en question la pertinence des liens proposés, parce que bien souvent leurs requêtes aboutissent à des résultats satisfaisants.

Les résultats d’un moteur de recherche sont le fruit d’une collecte et d’une priorisation par un logiciel, il ne faut pas l’oublier. Et même un logiciel très perfectionné est faillible, voire corrompu car partie prenante (pourquoi les moteurs de recherche ne renvoient pas les mêmes résultats dans tous les pays ?).

Question rigolote : si en 1638 Galilée avait écrit un blog sur sa théorie mathématique qui aboutissait à la conclusion que la terre n’était pas au centre de l’univers, sur quelle page de résultat de Google serait-il apparue ? En effet, à l’époque l’église et le tribunal de l’Inquisition avaient plein de blogs et de sites qui disaient le contraire… Il faudra attendre 1992 pour que l’église reconnaisse la contribution de Galilée à la science.

On devrait faire un débat sur l’affect et la confiance… mais je ne sais pas par quel bout le prendre. Idées ?

Comments

Martin Lessard 30-11-2009, 16:34

Olivier Ertzscheid avait aussi rappelé, en ces temps troubles de la surabondance de l’information, ceci:

«Autorité n’est pas notoriété»
«Affluence n’est pas influence»
«Publicité n’est pas légitimité»

Une bonne définition terminologique et des cours sur le phénomène à l’école aiderait grandement les citoyens…

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Guillaume-Nicolas MEYER 01-12-2009, 09:10

Je suis d’accord sur le « publicité n’est pas légitimité », parce qu’on le mesure actuellement avec le phénomène de greenwashing où les gens prennent bien conscience qu’ils sont abusés par des mises en scène visuelle, textuelle et auditive fallacieuses, ils n’accordent donc pas la légitimité attendue; mais « affluence n’est pas influence », j’aurai déjà tendance à relativiser. Quand on voit le nombre de requête faite par jour sur Google, on peut quand même se poser la question « l’affluence ne crée t’elle pas l’influence ». Surtout que la masse ne Google n’a cessé d’augmenter ces dernières années : les services transverses induise forcément de l’influence. Quand je vois la même information dans mes mails, mes albums photos, mes plans, mes fils RSS, mon agenda, mes vidéos, mes actualités, mon blog, etc… forcément j’y suis plus exposé.

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Information, confiance et crédibilité | Construction de ses autorités cognitives 08-06-2011, 12:34

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Qui suis-je ?

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Bienvenue sur mon blog. Je m'appelle Guillaume-Nicolas Meyer, j'ai 40 ans, je suis marié, papa de quatre enfants, et je suis un Knowledge Manager polymathe et curieux. Chercheur en sciences humaines et sociales, doctorant en sciences de gestion, je m'intéresse également aux sciences cognitives et à l'environnement. Après la région parisienne, la Bretagne et l'Alsace, je suis actuellement basé en Poitou-Charentes, France.

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