13
novembre 2015

Crise des subprimes 3 – Sous-évaluer le risque

Sous-évaluer le risque d’accident systémique

L’évaluation du risque dans la crise des subprimes est sans doute ce qui choque le plus dans cette crise mondiale. « Pourquoi personne n’a-t-il rien vu  venir ? » est la question qui revient le plus quand on s’interroge. Jusqu’à la désormais célèbre question de la reine Elisabeth II d’Angleterre à la London School of Economics and Political Science, en novembre 2008, « Why had nobody noticed that the credit crunch was on its way ? [1] »

Nous allons tenter de répondre à la reine Elisabeth II dans la partie qui suit, en fait il y a eu énormément de lanceurs d’alerte, de toutes sortes.

Ceux qui ont vu… ou pas… la bulle immobilière

Une bulle spéculative est définie selon Stiglitz (1990 [2]) comme une situation dans laquelle la hausse du cours d’un actif est basée sur l’anticipation de sa hausse future par les investisseurs, sans lien avec la valeur fondamentale. Et, dès 2002, les analystes ont bien vu la croissance forte des prix de l’immobilier mais ils n’ont pas conclu pour autant qu’il s’agissait d’une bulle. Pour McCarthy et Peach (2005) nulle spéculation, mais une augmentation de la valeur des biens immobiliers.  Ils sont suivi par Himmelberg et alii (2005) qui vont plus loin, en soutenant qu’il n’existe même pas de marché immobilier américain national, mais qu’il y a un ensemble de marchés régionaux déconnectés les uns des autres. Et si Case et Shiller (devenu depuis prix Nobel d’économie), concluent en 2004 [3] à l’existence  d’une bulle, ils la circonscrivent aux trois seules villes de Boston, Los Angeles et San Francisco

Il y a un homme qui joue un rôle important à cette époque, c’est Alan Greenspan, alors président de Réserve Fédérale (FED). Il affirme le 9 juin 2005 devant le Joint Economic Committee du congrès des États-Unis qu’il n’y a pas de bulle immobilière, tout juste un « froth » (écume). En 2005 pourtant The Economist [4] consacre sa couverture à « la plus grande bulle de l’histoire » due, selon l’hebdomadaire britannique, à la hausse mondiale des prix de l’immobilier. Même en 2007, aux prémices de l’effondrement du marché immobilier, Greenspan défendait dans son livre Le temps des turbulences [5] « Nous avions affaire non à une bulle mais à une écume – de nombreuses petites bulles locales qui n’atteignaient jamais une échelle suffisante pour menacer la santé de l’économie. »

Celui qui a vu la crise

On le qualifie souvent « d’homme qui a vu la crise » : Nouriel Roubini, professeur d’économie de l’université de New York. Il annonce le 7 septembre 2006, au FMI que « Dans les mois ou les années à venir, les États-Unis vont se trouver face à une faillite immobilière sans précédent, un choc pétrolier, une perte de confiance subite des consommateurs et une brutale récession ». Dans son article [6] publié en 2008 dans The New York Times, le journaliste Stephen Mihm raconte comment, un an plus tard, quand Nouriel Roubini revint au FMI, en septembre 2007, ce fut pour prédire une crise aggravée de la solvabilité qui contaminerait tous les secteurs du système financier. Cette fois-ci, personne ne rit. « En 2006, il est passé pour un fou. En 2007, il est revenu en prophète », se souvient Prakash Loungani, l’économiste du FMI qui avait convié le professeur aux deux conférences.

Ceux qui ont vu les fraudes

En mai 2004, le chef de la gestion de Freddie Mac envoie un email à son PDG, Richard Syron, pour faire arrêter le financement de prêts à des personnes sans revenus et aucune exigence d’actifs, ce qu’il juge immoral. Le PDG ordonne qu’il soit licencié sur le champ (Montaldo, 2009).

En septembre2004, Chris Swecker, chef de la division criminelle du FBI, signalait : « une épidémie de fraudes sur le marché des prêts immobiliers qui, si elle n’était pas combattue, pourrait faire autant de dégâts que la crise des Caisses d’épargne, pendant les années 1980, qui avait coûté plus de 130 milliards aux contribuables américains ».

Entre 1994 et 2003 neuf millions d’américains sont devenus propriétaires de leur résidence principale, et la moitié d’entre eux sont issus étaient issus des minorités ethniques.

Répartition des crédits subprimes en 2007

Lire l’article suivant

Bibliographie et Notes

[1] « Pourquoi personne n’avait remarqué que le resserrement du crédit était en marche ? »
[2] « Symposium on Bubbles », Journal of Economic Perspectives 4(2), Printemps 1990, 13-18.
[3] http://www.econ.yale.edu/~shiller/pubs/p1089.pdf
[4] http://www.economist.com
[5] A. Greenspan, Le Temps des turbulences, p. 301.
[6] http://www.courrierinternational.com/article/2008/09/18/l-economiste-qui-a-prevu-le-pire?page=all

McCarthy Jonathan et Richard W. Peach, « Is There a Bubble in the Housing Market Now ? », Working Paper, 16 décembre 2005.

Montaldo Jean, 2009,  Lettre ouverte aux bandits de la finance, Albin Michel.

Qui suis-je ?

guillaume-nicolas meyer

Bienvenue sur mon blog. Je m'appelle Guillaume-Nicolas Meyer, j'ai 40 ans, je suis marié, papa de quatre enfants, et je suis un Knowledge Manager polymathe et curieux. Chercheur en sciences humaines et sociales, doctorant en sciences de gestion, je m'intéresse également aux sciences cognitives et à l'environnement. Après la région parisienne, la Bretagne et l'Alsace, je suis actuellement basé en Poitou-Charentes, France.

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